CAV Béatitudes
Le Collectif qui regroupe et accompagne les personnes victimes de la communauté des Béatitudes.
Bilan du DIAM (Dispositif Indépendant d’Accueil et de Médiation)
de la communauté des Béatitudes
Publié le 01/09/2025
Résumé:
En janvier 2024 la communauté des Béatitudes mettait en place son instance de réparation nommée DIAM (pour Dispositif Indépendant d'Accueil et de Médiation) visant, selon ses dires : « la reconnaissance, la réparation, la reconstruction et si possible la réconciliation ».
Notre bilan est sévère, nous ne nous sommes non seulement, pas sentis accueillis, mais et c'est un comble nous y avons été maltraités.
C’était un scandale que nous avions annoncé, et qui malheureusement a eu lieu.
Des victimes ont souffert dans ce qui auraient dû leur apporter du réconfort.
Nous demandons l’arrêt immédiat du DIAM, et l’incitation à rejoindre la CRR (qui a une expérience reconnue après 3 ans et demi de fonctionnement), avec un processus de réparation correct pour nous, les victimes de la communauté des Béatitudes.
Introduction
Le Dispositif Indépendant d'Accueil et de Médiation (DIAM) des Béatitudes a été créé en janvier 2024, pour, selon les déclarations de Sr Anna Katharina POLLMEYER, Présidente de la communauté : « donner une réponse concrète aux attentes des victimes. Elle réaffirme son intransigeance et sa détermination à prévenir toute forme d’abus en son sein, et partage avec l’ensemble de l’Église cette commune volonté d’accueil, de réparation et de réconciliation ».
Par ailleurs il est « destiné à toute personne ayant subi un préjudice de la part d'un membre de la communauté. À travers ce dispositif, la Communauté des Béatitudes souhaite apporter une réponse à la souffrance de ces personnes dans une perspective évangélique [i]» et « il vise la reconnaissance, la réparation, la restauration et si possible la réconciliation [ii]».
Pour nous collectif de victimes de cette communauté, faire le bilan du DIAM après un an et demi de fonctionnement est indispensable, car celle-ci ne communique pas sur son dispositif.
Par ailleurs, nous avons dès le départ émis de grandes réserves quant à celui-ci, malgré tout rien ni personne n’a empêché ce que nous avions pressentis: ce dispositif a ravivé nos souffrances et en a même, c’est un comble, contribué à en créer de nouvelles.
Présentation générale du DIAM des Béatitudes
Le DIAM des Béatitudes est un dispositif qui est présenté par la communauté comme indépendant : « est porté par l’association AP 21. Il rassemble des psychologues formés à la médiation, des magistrats et des religieux choisis par l’association AP 21. La Communauté des Béatitudes n’a aucun contact avec ces personnes, précisément afin de garantir leur indépendance[iii] ».
Cependant, à part le nom de l’association AP 21 et celui de sa présidente, qui nous répondait… parfois (sic !) et qui signait par son nom, Clothilde Beylouneh, nous n’avons eu connaissance d’aucune autre civilité de nos interlocuteurs, souvent c’était juste un prénom, pire le premier entretien dit « de secrétariat » a été fait pour chacun d’entre nous par des personnes anonymes, retraités apparemment, en numéro masqué.
Et nous avons dû raconter a des anonymes nos souffrances et nos vécus douloureux !
Les psychologues des visioconférences se présentaient parfois. Mais les magistrats et les religieux choisis sont restés inconnus.
Par ailleurs, aucune réponse ne nous a été apporté sur le financement du DIAM, ni sur les moyens financiers alloués pour les réparations : « La réparation pourra être réalisée de multiples façons, y compris financière et ce à chaque fois que cela sera nécessaire. Les réparations financières prévues par le Dispositif seront individualisées en fonction des victimes sur la base des règles de droit commun [iv]». A quel droit commun est-il fait référence… ? Cela est resté un mystère, que les responsables des Béatitudes questionnés, n’ont jamais éclairci.
Le fonctionnement est resté opaque, les informations sur le déroulement venant au compte-goutte au cours de la pratique du dispositif.
La communauté n’a pas souhaité adhérer à la CRR, ceci afin de pouvoir, selon elle « accueillir toute personne victime d’un préjudice ou d’un abus de la part d’un membre de la Communauté » (la CRR - Commission Reconnaissance et Réparation des religieux de France pour les victimes dans les communautés religieuses - à ce jour ne s’adressant qu’aux personnes victimes d’agressions sexuelles). Selon Sœur Laetitia « plusieurs chemins étaient possibles et que la CRR n’était pas le seul. La CRR a ouvert une voie nouvelle pour les victimes et nous ne souhaitons en aucun cas remettre cela en cause ».
Par ailleurs, il était question des victimes « de la part d’un membre de la communauté », non de celles qui ont eu à souffrir du système communautaire, par exemple les personnes qui étaient victimes des mêmes abus de pouvoir, alors que les bergers changeaient. Ce qui indique une absence de remise en cause de son fonctionnement.
Nous n’avons donc eu aucune vision d’ensemble du dispositif, qui nous est apparu très flou et ambitieux.
Le déroulement du DIAM des Béatitudes
Le déroulement a été des plus chaotique, avec des imprécisions et surtout des longueurs qui nécessitaient de devoir relancer régulièrement, au risque de se voir rappeler sèchement à l’ordre, parce qu’on n’était pas capable d’attendre patiemment ! Ce qui a causé de vives souffrances et manque totalement de bienveillance et de respect à notre encontre. De plus c’est manifestement la même infantilisation que celle que nous avons vécue en communauté.
Le premier contact (toujours par mail) effectué, nous avions un mail de réponse standard qui expliquait proposer un processus de médiation en plusieurs étapes. On devait être contacté par texto puis finalement par mail, pour avoir le premier entretien informatif par des anonymes, qui devaient nous expliquer la suite les modalités du dispositif.
Aussi bien dans le mail standard que dans l’appel anonyme à chaque fois était mis l’accent sur la confidentialité nécessaire. Qui, nous a-t-on dit, nous engageait même quand on n’avait rien signé !
Puis après l’entretien « de secrétariat » était proposé une rencontre avec deux psychologues médiateurs, en visioconférence uniquement. Trois entretiens étaient proposés sur plusieurs mois, là aussi avec de l’attente, des longueurs vécues douloureusement, puis enfin venait le protocole d’entrée à signer (alors que cela faisait plusieurs mois qu’on était engagé dans le processus) demandant noir sur blanc la plus grande confidentialité.
Devait finalement avoir lieu une rencontre avec un responsable de la communauté et les deux psychologues médiateurs, suivi par une lettre de reconnaissance avec la réparation financière.
Bilan quantitatif et qualitatif
Aucun bilan n’a été fourni par le DIAM, on ne sait à ce jour ni combien de personnes l’ont contacté, ni combien sont allés jusqu’au bout.
Pour ce qui est de nos membres, sur six qui ont voulu commencer, deux ont abandonné très vite. Car le ton et l’incertitude d’une réelle distance d’avec la communauté les ont fait douter et ils n’ont pas voulu poursuivre en sentant que cela serait trop difficile pour eux à supporter.
Deux ont quitté le dispositif après avoir reçu le « protocole d’entrée » et son exigence de confidentialité.
Une s’est fait sèchement éjecter du dispositif, après une longue attente sans réponse.
Une seule est allée au bout, tout en vivant très mal ce qui s’y est passé.
Sur le plan qualitatif, les retours sont très mauvais :
Certains parlent de s’être senti culpabilisé, méprisé, mal à l’aise au minimum. Pour certains se fut un moment pénible, avec du stress, de la pression, pour d’autres cela a été une souffrance voire carrément insupportable avec une hospitalisation pour des idées suicidaires.
Certains se sont senti seuls et isolés, malgré l’accompagnement des psychologues.
Les retours vis-à-vis des psychologues sont d’ailleurs mitigés, certains les ont trouvés corrects, d’autres mous et pas impliqués.
Nous sommes tous unanimes à dire que les délais étaient longs, que cette attente était usante et douloureuse, que les réponses quand elles venaient, n’étaient jamais empreintes de compassion et que ces délais prolongeaient la démarche et les ressentis négatifs qui y étaient associés.
La détresse que l’on a pu exprimer, les interrogations dans le vide, les délais, tout nous donnait l’impression que notre supplice ne les touchait pas et qu’ils ne s’étaient pas donné les moyens de nous traiter avec respect et bienveillance. Pour la majorité d’entre nous, l’impression était que tout était fait pour nous faire abandonner.
Tous, nous pouvons dire qu’à un moment ou un autre nous y avons cru. Que nous avons caressé l’idée que la communauté voulait réellement nous accueillir, nous reconnaître, nous aider à réparer avec nous le passé si difficile vécu dans celle-ci, afin de se reconstruire suite aux divers abus et violences.
Tous nous avons été plus que déçus dans cette attente, qui n’était d’ailleurs pas celle de la communauté.
Un aspect important à souligner est qu’au départ la communauté des Béatitudes s’est mise en surplomb, de nous les victimes, avec sa volonté affichée de « réconciliation ». Comment un dispositif de réparation pour des victimes peut-il afficher à l’origine cette volonté-là ? C’est un chemin que chaque personne fait ou ne fait pas selon son choix, mais cela oriente le dispositif dans cette direction, sans finalement se donner le but d’être à l’écoute de la volonté des victimes, mais en sachant déjà ce qui va être bien pour elles.
Certains se sont fait réprimander, d’autres carrément menacé, dès lors que l’on semblait remettre en cause le dispositif.
Par ailleurs, la communauté des Béatitudes a aussi envoyé des signes négatifs : par exemple au sujet des personnes abusées par Jacques Marin au sein de cette communauté, elle a refusé de proposer une démarche de reconnaissance et de réparation conjointement avec la mission de France. Or dans son communiqué du 15/10/ 2019 elle disait qu'elle « s'associe à la demande de pardon déjà exprimée par la mission de France à toutes les victimes de ces abus (de Jacques Marin). Conscient de la souffrance causée par ces actes nous leur exprimons toute notre compassion et proximité ». Comment croire alors à ces demandes de pardon qui ne s’expriment pas en geste concret de reconnaissance et de réparation ?
A noter aussi l’utilisation de la clause de confidentialité qui a été vécue comme un véritable bâillon. Et de ce fait est devenue parfaitement abusive. Bâillonner une personne victime, c'est la maintenir en position d'infériorité, de contraintes alors que c'est ce qu'elle vit depuis qu'elle a été abusée. C’est rajouter de la maltraitance dans un dispositif qui l’était déjà beaucoup.
Par rapport aux objectifs posés de reconnaissance, nous pouvons affirmer qu’aucun d’entre nous ne s’est senti reconnu, c’est le moins que l’on puisse dire, vu ce que nous avons vécu dans ce dispositif, qui contrairement à son nom n’était absolument pas accueillant !
Pour ce qui concerne la réparation, une seule personne étant allée jusqu’au bout, comme elle l’a très mal vécu, on peut aussi dire que cet objectif n’est pas atteint. Ni donc la restauration.
Quant à la réconciliation, cet objectif est dès le départ une mauvaise idée, et au vu des tourments vécus dans le dispositif, celui-ci est non avenu.
Conclusion
Le bilan du DIAM des Béatitudes met en lumière un fonctionnement opaque du début à la fin, un culte du secret avec l’utilisation de clause de confidentialité, un déroulement non fluide et imprécis, qui se faisait quasiment au coup par coup, tant les délais et les errements manifestes montraient une impréparation. Nous y avons tous été maltraités.
Dès le départ nous avons, en tant que collectif (le 21/02/2024 https://www.cavbeatitudes.fr/actualites/communication-diam/), alerté sur ce dispositif qui ne présentait pas de garanties suffisantes pour un accueil respectueux des personnes victimes. C’est un fonctionnement anxiogène et insécurisant que nous avons eu à vivre, et donc, comme nous l’avions écrit et anticipé, ce dispositif a été finalement traumatisant. Son objectif final semblant plus vouloir nous faire rentrer dans le secret, voir nous décourager, ceci afin de ne plus entendre parler de nous.
C’était un scandale annoncé qui malheureusement a eu lieu, des victimes ont souffert, dans ce qui aurait dû leur apporter du réconfort.
Comme personne ne s’inquiète de ce que nous devenons dans les griffes de cette communauté, c’est encore à nous d’effectuer le travail : ce bilan que vous avez entre les mains.
Nous demandons l’arrêt immédiat du DIAM, et l’incitation à rejoindre la CRR (qui a une expérience reconnue après 3 ans et demi de fonctionnement), puisqu’aujourd’hui celle-ci fonctionne. Cela ne veut pas dire pour autant que c’est parfait, mais nous n’y serons pas abusés.
Nous demandons aussi un processus de réparation correct pour nous, les victimes de la communauté des Béatitudes.
[i] Communiqué des Béatitudes publié le 11/01/2024 sur son site.[ii] Mail reçu en début de parcours, en gras dans le texte.[iii] Réponse De Sœur Laetitia à notre collectif en date du 16 janvier 2024[iv] Ibid
Le film "les Béatitudes: une secte aux portes du Vatican?";
Date de 2011, il est réalisé par Sophie Bonnet journaliste d'investigation.
Il Donne un très bon aperçu des dérives vécues dans cette communauté.
Qui sommes nous?
Notre projet
Ce collectif a pour but d’Accompagner, regrouper et soutenir les victimes de la communauté des Béatitudes durant l’enquête et les éventuels procès du TPCN, ou Tribunal Pénal Canonique National, instance nationale de l’église catholique. Ceci à la suite de son appel à témoin lancé en date du 6 octobre par communiqué de presse, dans le cadre de son enquête préliminaire concernant la communauté des Béatitudes.
Nos membres
Les membres du collectif sont principalement soit d’anciens communautaires ou soit membre de famille proche (parents, enfants, fratrie ou conjoint de communautaire ou d’ancien communautaire).
Peuvent aussi adhérer les personnes ayant suivi une retraite, un séminaire ou un accompagnement de la part de communautaire, tout en vivant à l’extérieur, et ayant été victimes de faits délictueux dans la communauté.
Adhérer
Pour être membre il n’y a pas de cotisation à payer, il suffit d’adhérer à une charte et aux valeurs du collectif : respect absolu des membres, courtoisie, bienveillance et franchise. Les membres sont invités à être accompagné psychologiquement par un professionnel, ce que le collectif ne peut proposer.
ATTENTION
Le travail et les communications du collectif se font les après-midis,
du lundi au jeudi, pour la presse également.
Ceci afin de favoriser le repos de chaque membre victime.
Mais encore...
Nos valeurs
Les valeurs du collectif sont : respect absolu de chacun, la bienveillance et la franchise.
Dans bienveillance il y a gentillesse, attention, courtoisie.
Nous sommes tout.e.s des victimes et nous ne réagissons pas de la même manière. Il est donc juste d’avoir cela en tête dans toutes nos interactions, afin de ne pas rajouter « du trauma au trauma ».
Cela ne veut pas dire être mièvre ou mentir par complaisance. L’authenticité et la franchise font intégralement partie de la bienveillance qui sinon perd de sa substance. C’est un équilibre à trouver pour se préserver les uns et les autres.
Notre histoire
Elle ne fait que commencer...!!
Elle est liée à l'appel à témoins lancé par le TPCN (Tribunal Pénal Canonique National) afin de réaliser une enquête préliminaire concernant la communauté des Béatitudes.
Mais elle se finira avec les éventuels procès.
Nos coordinatrices/Fondatrices
Caroline PIERROT
Ancienne communautaire (Nouan le fuselier et St Martin du Canigou année 80)
A participé au livre "Aux sévices de l'Eglise" aux Editions Recamier.
Myriam REMY
Ancienne communautaire de 1999 à 2002, maison de Château St Luc dans le Tarn.
A participé au livre de son ex-mari Pascal Michelena "les marchands d'âmes" aux Editions Golias en 2007
et "Le psychospirituel mis a nu" aux Editions du CCMM en 2022.
Actualités
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